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Interview : Nil Polack

Comment apprendre à voler ?

Originaire de l’île d’Oléron, Nil Polack est un artiste et imprimeur utilisant la technique étonnante de risographie. Passionné d’Art, de création, de technique, de musique, d’improvisation et avide d’apprentissage, il rêvait, petit, d’être inventeur. Inventeur d’un genre spécial, inventeur poétique, car l’objectif n’était pas de résoudre les problèmes du monde, mais plutôt de créer des choses fantastiques, de faire rêver.

Entre voyages parfois en bateau-stop et découverte de communautés underground, du façonnage de fromage à la risographie, l’artiste se questionne sur l’art et les outils, sur la technologie, sur l’Homme.

Lors de notre rencontre, Nil enchaîne les réponses sur un ton tranquille, avec une énergie singulière que l’on retrouve dans son art.
Laissons-lui la parole.

"Je perçois les artistes un peu comme des inventeurs, des découvreurs"

Quel est ton parcours, ta formation ?
J’ai passé une enfance paisible sur l’île d’Oléron, et mon adolescence à La Rochelle où j’ai eu un bac STI en 2008. N’étant pas très à l’aise dans le milieu scolaire (où peut être lassé des cours), je n’ai pas suivi de formations, ou plutôt je ne les ai jamais terminées. Ce que je connais, je l’ai surtout appris le long de mes voyages, auprès d’artisans, d’artistes, de professionnels en tout genres, de recherches personnelles, et bien sur de mon père. Je connais pas mal de choses et de techniques différentes, j’essaie à présent de les réunir. Je pratique régulièrement la trompette, sculpture (bronze), dessins, et d’autres techniques obscures…

Racontes-nous ta première rencontre avec l’Art. Qu’est-ce que l’Art pour toi ?
Je n’ai jamais eu l’impression de rencontrer l’art. Pour moi, il fait partie de la vie, il est toujours présent ou bien n’existe pas. L’art est peut-être comme la lumière qui vient éclairer les zones obscures de notre conscience. Je perçois les artistes un peu comme des inventeurs, des découvreurs. J’utilise aussi les pratiques artistiques comme un outil social, c’est un excellent moyen de se rencontrer, de se découvrir. L’art, c’est peut-être aussi la recherche du sens de la (d’une) vie ? En-tout-cas, l’art viens de ce souffle de vie que nous connaissons, de nos pensées, traumas, désirs, aspirations. C’est quelque chose de vivant.

what is risography ?

Créé au Japon en 1946, la risographie est une méthode d’impression fusionnant la sérigraphie et l’impression offset.

 L’encre est appliquée à froid à travers un pochoir (écran maître) fabriqué par la machine à partir d’une image numérisée. Elle produit des œuvres aux teintes vives et aux textures variées. Elle se révèle économique pour les tirages moyens, en offrant une qualité similaire à l’offset. Cependant, elle partage aussi des caractéristiques de la sérigraphie, comme des imperfections charmantes telles que des variations subtiles dans l’application d’encre. Grâce à des couleurs vibrantes et un effet granuleux, les impressions risographiques se démarquent par leur esthétique distincte et recherchée. Les artistes exploitent souvent ces traits pour créer des œuvres impossibles à obtenir autrement. La risographie est un procédé écologique, utilisant des encres à base de soja, consommant peu d’énergie et produisant peu de déchets. Le papier imprimé n’est pas couché, sans plastique. En somme, la risographie, en mariant les atouts de la sérigraphie et de l’offset, propose des résultats visuellement attrayants, uniques et abordables. Son utilisation croissante dans l’art et l’édition découle de sa capacité à générer des impressions mémorables et marquantes.

"J'ai finalement réussi à remettre en route des vieux modèles, et je suis très content du résultat."

"La risographie a un rendu très artisanal, un peu aléatoire."

Pourquoi la risographie? 
La risographie est une technique d’impression bien pratique, peu coûteuse et assez simple d’utilisation. La risographie a un rendu très artisanal, un peu aléatoire. À une époque, je faisais des fanzines avec un ami, et pouvoir enfin imprimer nos livres nous-mêmes a été fantastique ! C’était aussi un moyen pour co-créer. En plus d’être moins onéreux que les imprimeries traditionnelles, c’était l’occasion d’apprendre de nouvelles façons de travailler, et de créer. Avant de pouvoir réellement travailler avec cette technique, j’ai passé beaucoup de temps à comprendre la machine et son fonctionnement, ayant toujours eu un attrait pour la technique, cela m’a beaucoup plu. J’ai finalement réussi à remettre en route des vieux modèles, et je suis très content du résultat.

Détails risographie

Tu nous as parlé d’autres projets, est-ce que tu pourrais élaborer en détail pour tes prochaines nouvelles aventures ?
Je reste évidemment très accroché à l’impression, à la création de visuels et de livres, mais j’aimerais donner une nouvelle dimension à mes recherches. La risographie est aussi une technique numérique, et ce côté « obscur » de la technique m’intrigue beaucoup. Mes aventures s’orientent petit à petit dans ces labyrinthes électroniques, ou j’explore l’outil, son fonctionnement, ses défauts, ses qualités. Je suis également sensible à l’aspect technique et industriel de cet outil.

On se rapproche de ton projet « Hazardous », comment est-ce que tu le décrirais ?
Hazardous est en passe de réunir toutes mes recherches en un seul fil. Que ce soit sonore, graphique ou en volume, Hazardous réunis ces aspects à travers des collections d’essais et de recherches. C’est un laboratoire éditorial, où l’édition pourra prendre d’autres formes que des livres ou des impressions. J’aimerai aussi continuer l’édition collective, et/ou éditer d’autres artistes à travers cette structure.

"Hazardous est en passe de réunir toutes mes recherches en un seul fil."

Affiches Risographie mur 1

"...je joue régulièrement avec des groupes de musique. La pratique instrumentale m'aide à équilibrer ma vie..."

Qui sont les artistes ou les mouvements artistiques qui t’influencent le plus ? Où est-ce que tu puises ton inspiration ?
J’apprécie les mouvements artistiques underground, où les artistes et les spectateurs se mélangent. J’apprécie les mouvements traditionnels, autant que certains mouvements plus modernes et contemporains. Je n’ai pas vraiment de catégorie de préférence, et je m’inspire de beaucoup de choses qui n’ont rien à voir entres elles. Je ne veux pas dire que j’aime ci ou ca. Je reste ouvert a beaucoup de choses. Enfin, je l’espère.

Qu’est-ce que tu penses de l’IA dans l’art ? Avantages/désavantages. Est-ce que tu te sens menacé ou plutôt excité par ce nouvel outil ?
L’IA peut produire un peu n’importe quoi : vidéo, sons, images, data en tout genre… Ce que l’IA produit n’est pas pensé, ni réfléchi et n’as donc aucune valeur artistique.

Néanmoins, cet outil pose une limite plus claire entre le graphisme, le « beau » dessin agréable et esthétique, et la création artistique qui n’a pas pour vocation d’être beau, ou esthétique. Les produits de l’IA sont communs, mainstream. Alimentée par des milliards de data, elle est bloquée sur un courant général. C’est pourquoi il est difficile de produire quelque chose d’artistiquement intéressant avec, à moins d’avoir une démarche claire et définie.

On a remarqué que tu avais une trompette accrochée chez toi, est-ce que tu veux nous raconter le rôle de la musique dans ta vie ?
J’aime beaucoup les cuivres effectivement. La musique a une place importante dans ma vie. C’est pour moi un moyen d’échange, de rencontre et de partage très puissant. Je n’ai cependant pas dédié ma vie a l’apprentissage de cet instrument, très chronophage, mais je joue régulièrement avec des groupes de musique. La pratique instrumentale m’aide à équilibrer ma vie, mes pratiques. Le son, et le jeu musical sont instantanés, il existe à un instant puis disparaît, cet art est inscrit dans le temps, en opposition à l’image qui est éternelle, ou presque.

En tant que jeune papa, comment est-ce que tu vis une vie d’artiste tout en gardant le côté famille, comment est-ce que tu trouves l’équilibre ?
J’ai surtout la chance d’avoir une fille formidable qui me suit dans mes aventures (la plupart du temps) ! Depuis que je suis papa, j’ai une tout autre perception du temps, et des relations. Je suis moins accroché à mes pratiques, et ai ma personne. C’est très inspirant.

Tu es co-fondateur de la maison d’édition associative « Les Éditions Béton » à La Rochelle. Tu nous en parle un peu ? Quelle est l’importance pour toi des communautés, associations, collaborations…
Tout à fait, avec Virgile, que je salue chaleureusement, nous avons mis en place une petite association éditoriale. L’idée est simple mais efficace : éditer des fanzines en collectif. C’était une chouette aventure, avec laquelle j’ai eu la chance d’éditer mes dessins, aux côtés de ceux qui me sont chers. C’était important pour moi de collaborer avec d’autres artistes, et des amis. Le travail collaboratif est très enrichissant, on apprend à se connaître, à vivre ensemble.

Quel est ton matériau préféré à travailler à la main ? Tu as une super collection d’objets en bronze que tu as créé, tu nous en parles un peu ?
Confronter le feu et le métal, c’est très passionnant. J’ai commencé à fondre, il y a 4 – 5 ans avec un artiste d’Oléron, qui m’avait ouvert son atelier. C’était une expérience formidable où j’ai pu faire mes premières pièces en bronze. Retourner à la sculpture me semblait évident à ce moment-là, ou je venais de m’installer à Oléron. Maintenant, je songe à la sculpture peut-être un peu différemment, mais j’aimerais bien retourner vers cette technique un peu plus tard. J’aime beaucoup le modelage, avec l’argile, ou bien sculpter la cire.

Où est-ce qu’on peut trouver tes créations ? Quels sont les objets commercialisés et où les trouver ?
Je compte ouvrir mon atelier cet été afin d’ouvrir une boutique estivale, et de présenter mon travail de cette façon. Une technique compatible avec une vie familiale. Sinon, l’exposition de mon travail est très aléatoire. Vous pouvez rester informé en vous abonnant sur mon compte insta off.the.press__risolab , ou bien en visitant mon site web www.nl-pk.com !

Comment te contacter si on veut faire imprimer des documents en risographie ou pour avoir plus d’infos ?
Appelez-moi ! C’est le plus efficace. Ou bien passez à l’atelier, où je serai heureux de vous accueillir !

Atelier Risographie Nil Polack

À travers cette interview My Rock Way, quel message as-tu envie de partager/dire ?
Restez libre !

Dernière question : comment apprendre à voler ?
Soyez heureux !

Note: On trouve chez Nil, parmi bien d’autres trésors, un petit livre très intriguant rempli de graphiques scientifiques et considérations philosophiques, appelé très sérieusement: « Comment apprendre à voler ». Datant de son enfance, nul doute qu’il a donné des ailes à son lecteur préféré.

Un grand merci à Nil pour son accueil généreux et sa gentillesse sans faille. Retrouvez dès maintenant une sélection de prints issus de son atelier dans notre boutique juste ici.

Contact

Nil POLACK
– Atelier Off The Press: Google Maps
– Instagram: off.the.press__risolab
– Site web: www.nl-pk.com
– Tél: 06 95 00 22 58
Flyer Nil Polack atelier Off The Press
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