Depuis son atelier breton, Gaëlle cultive son savoir-faire et fabrique ses carnets à la main, avec le coeur. Mais comment devient-on relieuse ? Partons à la rencontre d'une passionnée, entre grands espaces Américains, bibliothèques et Bretagne natale.
1. Qui est Gaëlle Le Roy ? Votre formation, vie personnelle et professionnelle ?
Je suis artisane relieuse, installée en Bretagne, dans le Morbihan.
Dans une autre vie, j’ai été comptable… mais pas très longtemps. Puis bibliothécaire, un peu plus longtemps, et là ça a été déterminant. Travailler au contact des livres, et surtout découvrir le fonds ancien d’une bibliothèque, ça a été une vraie révélation. C’est là que quelque chose s’est mis en place. J’ai commencé une reconversion vers la reliure.
Aujourd’hui, je partage mon temps à l’atelier entre la création de carnets et les commandes personnalisées. Ce qui m’anime vraiment c’est de créer des objets qui ont du sens et qui accompagnent les gens dans leur quotidien.
« j’avais un besoin très clair : revenir au geste, au temps long, à un métier qui me ressemble vraiment. »
2. Quand est-ce que vous avez commencé L’atelier Reliure ?
L’atelier Reliure est né officiellement en janvier 2020 en France, mais en réalité, tout a commencé un peu avant, à l’étranger, dès 2018. À ce moment-là, j’avais un besoin très clair : revenir au geste, au temps long, à un métier qui me ressemble vraiment. Un métier manuel, avec du papier, de la matière, et une vraie présence dans ce que je fais.
3. Pourquoi avoir choisi ce métier ?
Parce que j’avais besoin de faire quelque chose de tangible. La reliure, c’est un métier lent, précis, exigeant. On ne peut pas tricher, tout se voit. Et en même temps, c’est un métier profondément humain : je relie des pages, bien sûr, mais surtout des histoires, des souvenirs, des émotions. Ça faisait complètement écho à ce que je cherchais à ce moment-là de ma vie.
4. Racontez-nous votre belle expérience aux États Unis. Qu’est-ce qui vous a plu le plus, qu’est-ce qui vous a attiré le plus dans ce séjour à l’étranger ?
Mon expérience aux États-Unis a été très marquante. C’était, fort heureusement, avant un certain président… Nous avons vécu quelques années en Californie. C’est un état à part. Une vraie bulle. Une bulle où il ne faut peut-être pas rester trop longtemps pour ne pas perdre pied…
« Et puis la liberté. La liberté de créer, d’oser, de tester, sans forcément chercher à rentrer dans une case. C’est vraiment là-bas que l’envie d’être artisane s’est imposée à moi »
Ce qui m’a le plus marquée là-bas, c’est la nature : ces grandes étendues à perte de vue, la faune et la flore omniprésentes, très variées. On s’est régalé en road trip ! Et puis la liberté. La liberté de créer, d’oser, de tester, sans forcément chercher à rentrer dans une case. C’est vraiment là-bas que l’envie d’être artisane s’est imposée à moi, grâce à ma rencontre déterminante avec une relieuse, Eleanore Ramsey, chez qui je me suis formée pendant plusieurs années.
5. Au niveau du travail, quelles genres de différences constatez-vous entre la France et les USA ? Comment cette expérience a-t-elle façonné votre manière de travailler ?
Aux États-Unis, j’ai ressenti beaucoup moins de barrières. Il y a une vraie liberté dans la manière de travailler, de créer, de se présenter. On ose plus facilement dire « voilà ce que je fais », sans forcément chercher à se justifier ou à se comparer.
En France, on a parfois tendance à douter davantage, à se demander si on est “légitime”. Cette expérience m’a clairement aidée à prendre confiance, à assumer mes choix, mon rythme, et le fait de faire de l’artisanat aujourd’hui, sans m’excuser de ne pas faire autre chose.
6. Pourquoi des carnets ?
Parce que le carnet est un objet intime. Il n’impose rien. Il accueille. On peut y écrire, dessiner, raturer, réfléchir, se tromper. Un carnet accompagne des moments de vie, parfois sans qu’on s’en rende compte. J’aime l’idée de fabriquer un objet qui laisse de la place, qui permet de s’exprimer librement, sans pression.
« On ose plus facilement dire « voilà ce que je fais », sans forcément chercher à se justifier ou à se comparer.«
7. Où peut on vous trouver ?
On peut me retrouver :
– à l’atelier en Bretagne, sur rendez-vous
– sur les marchés artisanaux (essentiellement en été)
– sur mon site internet : https://www.latelier-reliure.com
– sur Instagram, où je partage beaucoup de choses autour de l’atelier et du processus de création : https://www.instagram.com/latelier.reliure/
8. Quel genre de commande peut-on passer chez vous ?
Je réalise des carnets (croquis, écriture, aquarelle), des albums photos, et des projets personnalisés. J’aime particulièrement les commandes sur mesure, quand il y a un échange, une histoire, une intention derrière l’objet. Chaque projet est différent, et c’est ce qui rend ce métier vivant.
9. Où tirez-vous votre inspiration et quelle est votre routine quotidienne ? La vie en Bretagne, c’est comment ?
Mon inspiration vient beaucoup de la matière : les papiers, leurs textures, leur grain, la façon dont ils réagissent au pli, à la couture, au toucher. Souvent, une idée naît simplement en manipulant un papier à l’atelier.
Mon quotidien est assez simple : du temps à l’atelier, entourée de papier, de fils, d’outils… et de nos deux chats qui surveillent tout ça de près.
Je travaille beaucoup dans le calme (mais accompagnée de musique), avec une attention particulière aux gestes, aux détails.
La Bretagne influence forcément mon rythme. Il y a une lumière changeante, un rapport au temps plus lent, plus ancré. Bretonne d’origine, j’ai toujours vécu près de la mer. Elle est apaisante, même quand elle est agitée. Le bruit des vagues, ses nuances de bleu, les couchers de soleil… Ça nourrit mon travail, sans que ce soit toujours conscient.
"Mon quotidien est assez simple : du temps à l’atelier, entourée de papier, de fils, d’outils… et de nos deux chats qui surveillent tout ça de près. "
10. On adore cette collaboration avec vous, les carnets sont magnifiques. Que vous inspire cette collection avec My Rock Way ?
Cette collaboration me plaît beaucoup, Misko et Julien ont fait une très jolie sélection de papiers pour les couvertures de la collection. Il y a une vraie écoute, une attention portée au détail, et une envie commune de proposer des carnets sincères et faits pour être utilisés. Ce ne sont pas des objets figés. Ce sont des carnets faits pour vivre, et c’est exactement ce que j’aime défendre dans mon travail.
11. Avez-vous des projets à venir ?
Continuer à développer l’atelier, créer de nouvelles collections. Et proposer des ateliers autour de la reliure : des temps pour se retrouver autour du papier, de la création ; des moments pour faire, comprendre, expérimenter, pas dans la performance, mais dans le geste et le lien. Dans la transmission. J’ai hâte !
12. Un petit message à partager avec les lecteurs de My Rock Way ?
Osez créer ! Même sans objectif précis, même sans savoir où ça mène.
Et prenez soin de vous ! Accorder vous du temps, même pour ne rien faire. Car ne rien faire, c’est quand même faire.
Un grand merci à Gaëlle pour nous avoir dévoilé ce chemin unique et inspirant. Pour sa patience, son professionnalisme et son savoir-faire exceptionnel.
On est conquis. N’hésitez pas à faire un tour sur le shop pour découvrir le fruit de notre collaboration. Des carnets uniques avec du papier Leyton 100% coton.
« Osez créer ! Même sans objectif précis, même sans savoir où ça mène. «
Retrouvez la collection de carnets Atelier Reliure x My Rock Way
Carnets faits main en Bretagne, papier Leyton 100% coton